« On me dit toujours que je réagis trop. » « Les lumières, les bruits, les émotions des autres — tout m'atteint plus fort. » « Je me sens submergé·e alors que la situation semble anodine pour tout le monde. » Si ces phrases vous parlent, vous vous reconnaissez peut-être dans ce qu'on appelle l'hypersensibilité — un trait souvent mal compris, parfois pathologisé à tort, et qui mérite d'être regardé avec nuance en thérapie.
Hypersensibilité : trait ou symptôme ?
Le concept de « personne hautement sensible » (PHS), popularisé par la psychologue Elaine Aron (Aron, 1996), décrit un trait de tempérament présent chez une partie de la population : un système nerveux qui traite plus finement les stimuli sensoriels et émotionnels, avec une plus grande profondeur de traitement de l'information. Ce n'est pas un trouble en soi — c'est une variation naturelle de la sensibilité du système nerveux.
Mais il existe une zone de recoupement importante avec le trauma : un système nerveux qui a vécu des expériences difficiles peut aussi devenir hypervigilant, plus réactif aux stimuli, plus facilement submergé — non pas par tempérament inné, mais par adaptation à un environnement qui exigeait une vigilance accrue. Dans la pratique clinique, il est essentiel de distinguer ces deux origines, car elles n'appellent pas le même accompagnement.
Ce que vit une personne hypersensible
- Une réactivité émotionnelle plus intense et plus rapide, positive comme négative
- Une sensibilité accrue aux stimuli sensoriels : lumière, bruit, textures, odeurs
- Une tendance à absorber les émotions des autres, parfois jusqu'à l'épuisement
- Un besoin plus marqué de temps seul·e pour « digérer » les stimulations de la journée
- Une réflexion profonde, parfois ruminative, sur les expériences vécues
Ce fonctionnement peut être une grande richesse — empathie fine, créativité, perception aiguisée — mais aussi une source de fatigue et de mal-être si l'environnement ne s'y adapte pas, et surtout si la personne a intégré l'idée que cette sensibilité est un défaut à corriger.
Quand l'hypersensibilité rencontre le trauma
Un enfant hypersensible grandissant dans un environnement qui ne comprend pas ou ne valide pas cette sensibilité — « arrête de pleurer pour rien », « tu es trop dramatique » — développe souvent une croyance négative profonde : « ce que je ressens est excessif », « je suis trop ». Cette invalidation répétée peut elle-même devenir traumatique, et se surajouter au trait de sensibilité initial, créant un système nerveux à la fois naturellement plus réactif et blessé par le manque de validation reçue.
Comment l'EMDR peut aider
Le travail EMDR ne cherche pas à « réduire » la sensibilité — ce n'est ni possible, ni souhaitable pour un trait de tempérament. Il vise plutôt à retraiter les expériences où cette sensibilité a été jugée, rejetée ou invalidée, pour permettre à la croyance « je suis trop » de laisser place à quelque chose de plus juste : « je ressens profondément, et c'est une part légitime de qui je suis ».
En parallèle, le travail de stabilisation aide à construire des outils concrets de régulation, pour que l'intensité du ressenti reste dans une fenêtre de tolérance gérable, sans devoir se couper de sa sensibilité pour survivre.