« Je ne suis pas capable. » « Je ne mérite pas d'être aimé·e. » « Je ne suis pas en sécurité. » Ces phrases ne sont pas de simples pensées passagères — ce sont des croyances profondément ancrées, souvent installées bien avant l'âge adulte, qui continuent d'orienter silencieusement les décisions, les relations et l'estime de soi. En EMDR, ces croyances ont un nom précis : les cognitions négatives. Et elles sont au cœur du travail thérapeutique.
D'où viennent les croyances négatives ?
Une croyance négative n'apparaît pas au hasard. Elle se forme au moment d'un événement — souvent dans l'enfance, parfois plus tard — où une expérience a été interprétée d'une certaine manière par un système nerveux qui cherchait à comprendre et à se protéger. Un enfant grondé de façon répétée peut en conclure « je suis mauvais·e ». Un enfant dont les besoins n'ont pas été entendus peut en conclure « ce que je ressens n'a pas d'importance ».
Ce ne sont pas des conclusions rationnelles — ce sont des conclusions survivalistes. Elles ont eu une fonction : donner du sens à une expérience difficile, et parfois même protéger l'enfant (croire que « c'est ma faute » peut être plus supportable que de croire qu'un parent est dangereux ou incapable de protéger). Le problème, c'est que ces croyances ne s'actualisent pas avec le temps. Elles restent figées dans le système nerveux, prêtes à se réactiver à chaque situation qui leur ressemble.
Comment l'EMDR travaille avec les croyances négatives
Dans une séance d'EMDR, une fois le souvenir cible identifié, nous nommons ensemble deux éléments :
- La cognition négative — la croyance actuelle, telle qu'elle se ressent en lien avec ce souvenir
- La cognition positive — la croyance plus adaptée que vous aimeriez ressentir comme vraie à la place
| Cognition négative | Cognition positive |
|---|---|
| Je ne suis pas capable | Je suis capable |
| Je ne mérite pas d'être aimé·e | Je mérite d'être aimé·e |
| Je ne suis pas en sécurité | Je peux choisir la sécurité maintenant |
| C'est ma faute | Je fais du mieux que je peux / j'ai fait de mon mieux |
| Je n'ai aucun contrôle | J'ai des choix maintenant |
Avant de commencer le retraitement, vous évaluez à quel point la cognition positive vous semble vraie, sur une échelle de 1 à 7 (l'échelle VOC, ou « validité de la cognition »). Il est fréquent qu'elle paraisse vraie sur le plan rationnel — « je sais que je suis capable » — mais fausse sur le plan émotionnel. C'est exactement cet écart entre le savoir et le ressenti que l'EMDR vient combler.
Pourquoi ça ne suffit pas de « se raisonner »
Beaucoup de personnes arrivent en thérapie après des années de travail cognitif — elles savent intellectuellement que la croyance n'est pas fondée, mais elles continuent à la ressentir comme vraie dans certaines situations. C'est parce que la croyance n'est pas stockée dans la partie rationnelle du cerveau, mais dans le réseau de mémoire associé à l'événement d'origine, avec ses sensations, ses images et ses émotions.
L'EMDR ne cherche pas à convaincre. Il retraite directement le souvenir où la croyance s'est formée, en utilisant la stimulation bilatérale pour permettre au cerveau de retraiter l'information de façon plus adaptative. Au fur et à mesure du retraitement, la cognition positive commence à se ressentir comme vraie — pas parce qu'on vous l'a suggéré, mais parce que le souvenir lui-même a changé de statut émotionnel.
Un exemple concret
Une personne qui a grandi avec un parent très critique peut porter la croyance « je ne suis jamais assez bien », qui se réactive à chaque retour critique, même bienveillant, au travail ou dans son couple. Le souvenir cible pourrait être une scène précise de l'enfance où cette croyance s'est cristallisée. En la retraitant, la personne ne « oublie » pas ce qui s'est passé — mais le souvenir perd sa charge émotionnelle, et la croyance associée peut enfin évoluer vers quelque chose de plus juste : « j'ai fait de mon mieux avec ce que je savais à l'époque ».